L'YR - Les coulisses de l'AJA
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Vanessa MESONES
Ultras déchaînés
Ils l’ont hissée haut la croix de Malte, les joyeux supporters de l’AJA
!
Les voyages Cresson avaient, pour l’occasion, déployé l’artillerie lourde
en affrétant plus de 160 bus au départ d’Auxerre. De la gare routière au
Boulevard Haussman, plus de 8100 fous de foot s’étaient donnés
rendez-vous.
Au pied des cars, des chants, des litres de bières, le gueuleton
jambon-fromage et la perruque bleue posaient le décor d’une journée qui
s’annonçait étourdissante. Une immense fête du sport en bleu et blanc d’une
gaïeté bon enfant. Il n’en fallait pas d’avantage pour faire de cet étouffant
31 mai, un jour mémorable.
Pas de débordement, juste une communion d’hommes
sous le ciel bourguignon.
La cité urbaine aurait dû d’avantage se méfier des
souris des champs qui débarquent à la ville grignoter le pain de la
victoire.
Calé à droite, le défilé du long cortège de bus sur l’A6 était
impressionnant.
En pôle position de cet exceptionnel convoi, Thierry et
Eymeric, le président, ont mené d’une main de maître ces Ultras déchaînés.
La difficile distribution des billets par ordre alphabétique a provoqué un
retard de deux heures, tout le monde descendant ou remontant à sa guise pour
chercher un peu d’air à l’ombre des cars.
A 15 heures, le départ était donné
par les motards d’Auxerre.
Michel Boyer, chargé de la coordination des
transports, est aussi le fidèle chauffeur du bus qui accompagne les Ultras sur
tous les terrains de l’hexagone.
Le spectacle était donc autant sur la route
qu’à l’intérieur des bus.
Les Ultras ont en effet offert un tour de chants
de deux heures arrosé de Marquisette servie à la louche. Les gobelets en
plastique dégueulaient sagement du délicieux breuvage, citron imbibé d’alcool et
goûteuse Corniotte en sus.
Unis sous les mêmes
couleurs
Les supporters ont improvisé des pogos dans les allées du
bus. Les filles chantaient elles-aussi à tue-tête, trinquant fraternellement
dans une atmosphère de légèreté et de simplicité mêlées. Un sacré voyage.
Et
lorsque l’absurde se joint à l’amusement, le décalage des refrains animent la
galerie : « Guy Roux président » pouvait-on entendre à la suite d’un autre
refrain plus patriotique celui-ci : « Tous unis sous les mêmes couleurs. Bleu et
blanc sont celles de notre cœur ». Et poètes avec cela !
Pour autant il
faisait bon de quitter les cars. Michel a déposé ses troupes au pied du Stade
France, imposante forteresse.
Des Bourguignons partout : sur l’herbe, au
milieu de la route. Un métissage heureux de cultures, d’enfants, d’adultes ou
d’anciens qui s’entreroisaient là dans une anarchique confusion.
Dans les
tribunes, le Kop auxerrois a fait face au virage parisien. Aussi fort qu’ils
puissent crier, nos supporters ont eu les cordes vocales nouées tout une
mi-temps. Plus rien avoir avec l’Abbé-Deschamp. Ici, mieux vaut avoir la
tessiture d’un ténor que la finesse d’un soprano. L’immensité du Stade de France
étouffe les voix. Seule l’action de Djibril Cissé à la 77e alluma le feu. Les
Ultras, Rudes Boyz et Blues Angels abasourdis, retrouvaient soudain leur verve,
soulagés qu’ils furent après le second but signé Boumsong.
Tandis que les
Parisiens quittèrent le stade sur la pointe des pieds, les Bourguignons, eux,
squattèrent encore une heure le virage nord. Dehors le champagne coulait à flot
sur les trottoirs de Paname. Plus de voix mais des larmes.
Le maquillage est
désormais effacé, les écharpes vont pouvoir être pliées au placard et cette
journée rangée au banc des souvenirs. A l’AJA, l’on prépare déjà 2004.
05.06.03 à 06h23