Après la victoire de l’AJA sur Toulouse Djibril Cissé
buteur retrouvé
Depuis un mois, Cissé n’avait pas
marqué. Il s’est relancé seul en tête des buteurs de L1, avec deux réalisations
face au Téfécé.
En inscrivant deux buts face à Toulouse dimanche, Djibril
Cissé, a permis notamment à l’AJA de renouer enfin avec la victoire en L1, et de
rester dans le sillage des prétendants à l’Europe. Du même coup, Cissé a repris
seul la tête du classement des buteurs de L1 avec 20 réalisations. De bon augure
à huit journées de la fin de la saison, où l’AJA et Cissé ont encore beaucoup à
gagner.
l’Yonne Républicaine. On imagine que cette victoire et ces
deux buts vous font du bien, et à toute l’équipe ?
Djibril Cissé.
On avait à cœur de remporter ce match après l’élimination en Coupe
d’Europe. Ça fait plaisir. Et on en avait besoin pour rester au contact de la
tête du classement. Il nous fallait une victoire. Quant à mes deux buts, ce
n’est pas important. Le plus important, c’est d’emmener le club le plus haut
possible.
C’est vrai que, quand j’ai marqué le premier, tout s’est mélangé
dans ma tête. J’avais un peu la rage contre tout le monde, et j’avais aussi
envie d’embrasser tout le monde ! Bon, je ne vais pas faire la guerre contre
tout le public, mais je n’oublie pas ce qui s’est passé (NDLR : la bordée de
sifflets pour Cissé et l’AJA à l’issue du match contre Monaco). Mais ça restera
gravé à jamais. Ce soir j’avais encore mal au pied, mais j’ai joué pour le
coach, pour mes coéquipiers, et le public aussi.
C’est quand même dommage, de
ne pas être plus soutenu. On a fait des efforts, on a joué à des périodes tous
les trois jours, et il n’arrive pas à comprendre que le samedi nous soyons un
peu fatigués. Nous ne sommes pas des robots.
C’est ce qui explique
votre comportement vis-à-vis du public de la tribune d’honneur après votre
premier but dimanche. Vous l’avez défié un brin en longeant cette tribune et en
mettant le doigt sur la bouche pour qu’il se taise ?
Je regrette un
peu d’avoir fait ça. Il y a des petits dans le stade et je me rends compte que
ce n’est pas une attitude à avoir devant des jeunes footballeurs qui rêvent de
devenir comme vous. Je regrette un peu. J’aurai dû marquer, puis la fermer, et
aller me replacer.
Outre vos deux buts, il y a eu aussi le
comportement de l’équipe qui a été exemplaire ?
Cette victoire était
très importante pour nous, puisque nous n’avions pas gagné depuis le 7 février.
Ça fait vraiment du bien, car on n’était pas habitué à une aussi longue période
sans réussite. Et vraiment je tire un coup de chapeau à tous dans l’équipe. Même
si on a pris deux buts, on ne peut en vouloir à personne. Les efforts produits
ont été énormes. Arnaud (Gonzalez) a été bon, Pantxi (Sirieix) et Lionel
(Mathis) on fait un très gros boulot. Derrière, Jean-Pascal a été très
bon.
D’ailleurs ce match est rassurant, car ça veut dire qu’il y a un très
bon groupe. Même avec beaucoup de blessés, on parvient à les remplacer. Et ça
démontre que personne n’est irremplaçable dans un groupe. Ce qu’il faut
souligner, c’est cette belle réaction collective. On prend un but malchanceux
qui fait mal aux tripes. On revient ensuite en peu de temps.
Est-ce
qu’on peut considérer que c’est reparti pour Auxerre et pour vous qui n’avez
plus que le championnat à disputer ?
Après mon beau but contre Paris,
je me disais déjà ça. Et puis je suis resté pendant six matches sans marquer. Ça
ne veut rien dire. L’important, ce sont les trois points. Il en reste encore 24
à prendre, on peut même être encore champion (NDLR : le tout dit en rigolant).
Plus sérieusement, il faut essayer de finir dans les cinq premiers. Quatrième ce
serait bien, je serai très content.
Cette période de surplace pour
vous au classement des buteurs et de l’équipe vous a-t-elle
pesée ?
On a tous souffert en silence, sans faire de déclarations.
Pourtant dans les journaux, j’ai vu des gens qui me taillaient. Il y a aussi un
groupe de supporters qui m’attendait à la fin des matchs pour scander le nom de
Benjani quand je passais. Ça aussi je trouve que c’est petit. Je ne comprends
pas les Blue Angels, les Ultras. Leur comportement est moche. Quand on est
supporter, on soutient son équipe, que ça aille ou pas, sinon, ce n’est pas la
peine. Ce n’est pas ça la définition du supporter ?
Là, je marque deux buts
et ça va. Mais si la prochaine fois je ne marque pas, je me fais insulter. Là,
je reconnais que j’ai été très mal, le coach peut en témoigner et mes
partenaires aussi. J’étais ronchon, limite chiant. Bon, tout cela endurcit un
peu plus le caractère, et puis mes coéquipiers m’ont remis en confiance, ils
m’ont encouragé. Pour preuve, sur le deuxième but face à Toulouse, il y a
quelques matches, je n’aurais pas réfléchi, j’aurai fait n’importe quoi. Là,
j’ai eu la lucidité de dribbler le gardien. Bon, je sais qu’ici, même Szarmach,
Laslandes, Guivarc’h ont été sifflés.
Personnellement, je pense que ce n’est
pas un truc à faire de siffler ses joueurs. Il faut que le public comprenne que
cela ne me fait pas plaisir de tirer à côté, de louper quatre occasions. J’ai
déjà de la peine de louper ces actions, il n’a pas besoin d’en remettre une
couche.
Le titre de meilleur buteur du championnat est-il votre
objectif ?
Pas nécessairement. Si Drogba me passe devant, tant mieux
pour lui. Ce n’est pas un problème. Si je mets deux buts comme face à Toulouse,
c’est surtout bien pour l’équipe. C’est le plus important. J’ai mis 20 buts, et
je ne vais pas dire que je m’en fous. Si je suis devant dans les cinq dernières
journées, je jouerai à fond ce titre de meilleur buteur. Mais il reste huit
journées et avec Drogba, tout peut arriver !
Propos recueillis par Patrick BONNOT
30.03.04 à 04h01